THIERRY VAREILLE ET LES BONSAÏS…

THIERRY VAREILLE ET LES BONSAÏS…

Une rencontre de Jacques Lavergne au coeur d’un lieu unique au service de ces “créations naturelles”

Pénétrez dans une courette, empruntez un couloir et vous voilà
dans le temple toulousain des bonsaïs. Un préau, une petite
boutique, un jardin en harmonie avec le lieu : pièce d’eau et ses
poissons, mini forêt de bambous, et, perchés sur les étagères qui courent
le long des murs, des bonsaïs de tous âges, de toutes tailles, de toutes
formes, de toutes essences.

“ Ce n’est pas qu’un
commerce de bonsaïs :
c’est aussi une garderie,
un hôpital (j’en ai 250 en
soin), une école où je
forme des clients à
l’entretien toujours délicat
de ces arbres. ”

Ils étaient deux à m’attendre en ce lundi après-midi où je me suis rendu à L’Arbre en
pot : Thierry Vareille et Geisha, la mascotte du lieu, une flegmatique chatte siamoise qui
a élu domicile dans cet ilot de sérénité et de verdure au coeur de Toulouse.
Le « sensei » Thierry Vareille, petit, sec, calme à l’oeil vif, l’esprit acéré, qui curieusement
n’est pas dans son apparence sans rappeler ses arbres, a bien voulu se prêter
à l’exercice de l’interview sous la supervision de Geisha.


JL : Vous exercez ce métier depuis longtemps ?

TV : Oh oui, voilà 39 ans que ce magasin est ouvert, ce qui fait de lui un des plus vieux
magasins de France dans cette discipline.
Mais ce n’est pas qu’un commerce de bonsaïs : c’est aussi une garderie, un hôpital
(j’en ai 250 en soin), une école où je forme des clients à l’entretien toujours délicat de ces arbres. C’est même un dispensaire : j’y
donne des consultations « médicales ». Ou parfois, je vais les soigner sur place, chez le client

JL : D’où vient cette tradition du bonsaï ?

TV : Elle est fort ancienne, et remonte au 2e siècle avant Jésus Christ à l’initiative de paysans chinois.
Puis elle a été théorisée par les Japonais qui en ont élaboré un code esthétique.
Les arbres sont alors présentés en concours ou en exposition.
Toutefois, il ne faut pas que l’esthétisme prenne le dessus
sur le naturalisme ; ce qui est trop parfait devient artificiel.
Un bel arbre, c’est surtout celui qui vous procure une émotion.
Celui aussi auquel son propriétaire s’attache, et pour certains
d’entre eux, le bonsaï remplace l’animal de compagnie, pour ne pas dire plus.
Un compagnon qui va les accompagner pendant plusieurs dizaines
d’années, pour autant qu’il lui dispense les soins adéquats.

JL : Est ce fragile ?

TV : Non, absolument pas. Mais pour le posséder et l’entretenir, encore faut-il en
avoir les qualités et disposer d’un minimum de formation technique.
Déjà, savoir distinguer entre le bonsaï d’intérieur et celui d’extérieur.
Et puis ne pas en avoir une approche décorative, mais être intéressé par
le végétal et vouloir le comprendre.
Un bonsaï, c’est du vivant. Face à lui, il faut avoir du respect. Mais aussi de l’humilité, du
calme, de la persévérance, des qualités identiques à celles nécessitées par les arts
martiaux que je pratique assidument.
Mon sensei japonais répétait toujours : « Ce n’est pas toi le patron, c’est la nature ». Vous savez, la plupart des
bonsaïs bénéficient d’un traitement plus doux, plus respectueux et naturel
que beaucoup de jardins qui subissent des pratiques culturales catastrophiques
avec des plantes trafiquées, clonées, des arrachages brutaux, des engrais qui les brûlent.
Geisha étouffe un bâillement en s’étirant : il est temps de me retirer et de
laisser le silence retomber sur ce lieu de paix. Les kamis, ces divinités vénérées par la religion shintoïste, qui peuplent
certainement le jardin, m’ont ignoré jusqu’ici ; n’allons pas les réveiller !

 

Retrouvez l’interview intégrale de Thierry Vareille sur le poadcast de la radio web Esprit Occitanie.

Photos ©Cécile BAYLE

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