LE SCULPTEUR ET LE FONDEUR !

LE SCULPTEUR ET LE FONDEUR !

UN COUPLE INDISSOCIABLE POUR MODELER ET TRANSFORMER EN MÉTAL

C’est là un couple indissociable que forment celui qui modèle la
terre, comme le fait Sébastien Langloÿs, et celui qui va la
transformer en métal capable de défier le temps et les
intempéries, comme le font Jean-Claude Bru et son équipe à la fonderie
d’art Ilhat. Alors, après avoir réalisé interview et portrait de l’artiste, je
me devais d’aller observer et comprendre la suite du processus. C’est
donc accompagné par le sculpteur que je me suis rendu chez son
fondeur afin de rencontrer ces lointains cousins des alchimistes,
capable de transformer la terre en un métal fait d’un alliage de cuivre
et d’étain, le bronze.

En pénétrant chez Ilhat, vous prenez pied dans un univers singulier, celui du puzzle
d’un savant fou, où la première chose qui vous frappe est que l’on est environné de
morceaux de toutes tailles, aussi humains que métalliques: un pied géant par ci, une
main par là, une tête par terre ou un tronc gisant sur un établi, un personnage sagement
assis sur une table jambes pendantes, une statue en miniature, des médailles commémoratives.
Et puis lorsque l’on passe à l’étage au-dessus, sur la mezzanine, un
autre monde s’offre à vous : celui des moules en plâtre, en élastomère, en cire. Un
monde d’empreintes, un monde inversé, un monde en creux, finalement un monde de
berceaux qui ont vu naitre des dizaines de statues, ou plutôt des morceaux de statues.
Un fantastique capharnaüm pour le visiteur, mais un désordre qui n’est qu’apparent car
règne sur cet univers quelque peu stressant de formes vides celui qui est capable de
vous sortir en quelques secondes le moule de tout ou partie d’une statue, et de vous en
raconter l’histoire et l’origine : Bertrand Kohli, le «conservateur» des lieux.
Tout au fond de l’atelier bat le coeur de la fonderie : c’est là que se passe le Grand
OEuvre, là où règnent les fours et leurs creusets, monstres endormis lorsqu’ils sont éteints.

 

Mais lorsque la grand-messe de la fonte commence et qu’ils s’éveillent, le spectacle devient
impressionnant vous forçant à l’humilité. Les desservants, intégralement masqués, équipés
de guêtres, de tabliers et de gants, s’affairent autour d’eux dans un ballet bien réglé : avec
des gestes prudents, ils nourrissent les fours au moyen de grandes pinces avec lesquelles
ils y déposent précautionneusement des lingots de bronze au silicium. Chaleur intense,
explosions, étincelles, sortent de la soupe orangée portée à 1 200 degrés. Et quant les
lingots de bronze sont tous fondus, commence la délicate opération du remplissage
des moules disposés en cercle autour des fours. Recueillant le métal en fusion au
moyen de louches géantes, les hommes déversent avec une grande précision le métal en
fusion jaune orangé dans les minuscules ouvertures pratiquées dans les moules enserrés
dans des cylindres métalliques. Rapidité dans l’exécution, gestes calibrés, avec toujours le
souci de la sécurité de tous les opérateurs. Les moules remplis jusqu’à la gueule, il reste à patienter
en attendant le refroidissement du bloc, puis à démouler et à constater le résultat qui
n’est pas toujours acquis car le dieu de la fonte est joueur….
Mais avant d’en arriver là, que de travail en amont, que de technicité et de savoir faire
déployés par les artisans fondeurs qui sont eux aussi des artistes dans leur spécialité. Et
ce long cheminement nous a été expliqué par Bertrand et Sébastien qui collaborent
étroitement afin de parvenir au résultat final, celui qui va arriver entre les mains du client,
souvent à mille lieux d’imaginer les procédés complexes auxquels il faut recourir.

 

 

JL : Lorsque vous arrivez à la fonderie avec
votre sculpture en terre, combien de temps
va-t-il s’écouler avant que vous ne repartiez
avec le bronze ?

 

SL : Pour y parvenir, il va falloir mettre en
oeuvre un processus, long, précis compliqué,
durant lequel, il faudra passer à plusieurs
reprises d’un moule positif à un
négatif. Et tout cela va prendre plusieurs
mois, disons de trois à six en fonction de la
taille de la pièce, mais aussi de l’état de
charge de la fonderie.

 

JL : Pouvez-vous me détailler les différentes
tâches à effectuer ?

 

SL : La première étape va consister en la
création du moule en élastomère avec une
chape en résine. L’on enveloppe totalement
la statue de ce produit qui, dans la mesure
où il est mou, va devoir être rigidifié par la
résine. Puis, il va falloir retirer ce moule,
morceau par morceau, pour obtenir autant
de moules en creux, un négatif en quelque
sorte. Il m’arrive de réaliser moi-même cette
opération dans mon atelier.

 

BK : Ensuite intervient la deuxième étape,
dont je m’occupe. A l’intérieur du moule je
vais injecter de la cire chaude, en différentes
couches, jusqu’à obtenir une épaisseur de 6
à 7 millimètres. Je vais donc obtenir un positif
en cire, creux à l’intérieur et qui sera
l’exacte reproduction de la statue en terre.
Un positif que je vais devoir affiner à la
main pour éliminer quelques imperfections,
telles par exemple des bulles ou les plans de
joints. Sur cette épreuve en cire, on va placer
des chemins de coulée, des tiges en inox
et des alimentations en vue de l’étape suivante.

 

SL : Tout l’art des fondeurs à chaque étape
est de respecter le travail de l’artiste, et pour
cela de faire oublier leur propre travail. Il
faut des grands professionnels, très fins dans
leur approche et leur intervention. C’est pour
cela que je travaille avec l’équipe de la fonderie
Ilhat, car ici tout est parfait. J’ai une
grande complicité et une belle entente
avec l’équipe.

 

BK : Troisième étape, nous allons réaliser
un moule en plâtre réfractaire, tout autour
et à l’intérieur de ce moule en positif.
Le plâtre va donc occuper l’espace, il sera
porté à 780° dans un four en céramique, la
cire fondra pour laisser place à un vide. Le
plâtre intérieur sera solidarisé au plâtre extérieur
au moyen des tiges en inox que j’évoquais
tout à l’heure. Vous me suivez ?

 

JL : Je m’accroche…

 

SL : Ainsi vous obtenez un cylindre en plâtre,
avec un vide correspondant à l’empreinte
en négatif de la statue, finalement
avec le « souvenir » du positif en cire.

 

BK : Il ne reste donc plus qu’à couler, en
une seule fois bien sûr, notre bronze en fusion
pour parvenir au produit fini, lequel
devra encore passer par les mains du ciseleur-
finisseur avant d’être livré parfaitement
achevé.

 

JL : Eh bien si l’on me dit un jour qu’une statue
en bronze est onéreuse, je saurai à présent
expliquer pourquoi…

 

 

Retrouvez l’interview intégrale de de Sébastien Langloÿs et Bernard Kohli sur le poadcast de la radio web Esprit Occitanie.

 

Photos ©Cécile BAYLE

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