JEAN-LUC BEAUFILS

JACQUES LAVERGNE DANS “L’ANTRE” D’UN GRAND ARTISTE PEINTRE DE NOTORIÉTÉ INTERNATIONALE

Sa peinture est affaire de vérité, de sincérité, de recherche
perpétuelle de perfection…

Photos ©Cécile BAYLE

L’on imagine souvent un peintre comme un être bohème vivant sans souci des
conventions, et se livrant à son art au gré de ses humeurs et de ses envies, de façon
spontanée voire désordonnée. Mais cette image d’Epinal est loin de représenter la
réalité, en tout cas pas celle de Jean-Luc Beaufils.

“ Il vous reçoit dans sa maison,
au milieu des bois, à quelques minutes de Toulouse,
une maison à l’image de l’homme, discrète,
presque cachée mais chaleureuse.
Une maison musée aussi . ”

Il vous reçoit dans sa maison, au milieu des bois,
à quelques minutes de Toulouse, une maison à
l’image de l’homme, discrète, presque cachée
mais chaleureuse. Une maison musée aussi, car
Beaufils aime la peinture et notamment celle de
ses collègues artistes qui sont largement représentés
sur ses murs. C’est dans l’atelier qu’il me
conduit immédiatement, une pièce étonnante, au
premier étage, mansardée avec ces poutres en
bois blanchi, de dimensions modestes, un temple
tout entièrement dédié à la peinture, avec ses tableaux
accrochés aux murs, ou rangés en piles
appuyées contre les murs. Et l’on sent immédiatement
que cet endroit n’est pas un simple espace,
qu’il est habité par le travail, la couleur, la création,
la passion. C’est là que cet homme tout vêtu
de noir, de taille moyenne, un rien massif, à l’oeil
bienveillant et au poil grisonnant, taiseux au premier
abord, mais qui devient vite volubile pour
autant que vous lui parliez peinture, passe le plus
clair de son temps.
Il a longtemps peint la nuit, au temps où il dirigeait
une entreprise de bâtiment le jour ; dame,
il fallait bien assurer le quotidien et ses impératifs
alimentaires afin de pouvoir oeuvrer dans la sérénité
et la liberté. Car cette autodidacte du pinceau
est un gros travailleur, passant plusieurs
heures par jour devant son chevalet, avec comme
moteur le plaisir et la joie de créer qui ne l’ont jamais
quitté. Initié par son père, peintre du dimanche,
sans jamais avoir reçu une véritable instruction
picturale, il a depuis son plus jeune âge
ressenti un besoin irrépressible de manier le
crayon et les pinceaux. Et il n’est pas prêt de les
abandonner, même après plus de quarante-cinq
ans de pratique : « je peindrai jusqu’à ma mort
pour autant que la passion ne m’abandonne pas
». Alors tous les jours, il se confronte avec la toile,
seuls avec pour spectateurs ou soutiens ses chats,
dans le silence le plus complet ou en musique.
Travailler encore et toujours, avec la même persévérance,
inlassablement pour aller plus loin,
mieux, autrement, car pour lui, la peinture est affaire
de vérité, de sincérité, de recherche perpétuelle
de perfection. Il aimerait que, plus tard,
dans de nombreuses années, l’on puisse dire
« Beaufils…c’était un Peintre ! ».


Tout créateur, dans quelques domaines que ce
soit, se situe dans la longue lignée de ses prédécesseurs
dont les influences l’ont imprégné, parfois
même à son insu. Beaufils les reconnaît et les
affiche volontiers avec reconnaissance et affection
: Matisse pour la couleur, Picasso pour la liberté,
mais aussi Chagall et quelques autres tels
les Fauves, Dubuffet et son art brut, Karel Appel
et le mouvement Cobra, sans oublier les cubistes.
Tout cela est affaire de cheminement, il convient
de laisser parler les influences, d’en faire la synthèse
pour enfin, en franchissement différentes
étapes, au terme d’une progression intellectuelle
et technique, devenir soi-même et faire du Beaufils.
Quitte à trouver très mauvaises certaines oeuvres
de jeunesse, et parfois les détruire : l’oeil se
modifie avec la maturité et les influences de
l’époque.
Devant la toile vierge, Jean-Luc Beaufils entame
son travail sans plan précis, sans schéma arrêté,
il modifie au fur et à mesure, peint parfois en noir
et blanc, mais le plus souvent en couleur, car pour
ce peintre, la couleur, c’est la vie, un hymne à la

joie, l’antidote à la sinistrose. Beaufils ne s’interdit
aucun support ou aucune technique, hormis la
peinture à la bombe. Les sujets peuvent parfois
être les mêmes, les tableaux eux ne sont jamais
semblables. Il n’y a aucun message dans ceux-ci,
simplement une émotion, un moment particulier.
Mais jamais de portrait, comme il le dit, ce n’est
pas son « truc ». Et de citer Picasso « au lieu de
peindre des choses, l’on peint des idées ». L’essentiel
pour lui étant d’éviter toute maladresse,
que toujours apparaisse la cohésion d’ensemble,
que le cerveau du « regardeur » (comme l’appelait
Marcel Duchamp) puisse reconstituer le tableau.
Voilà comment, après des années de travail et
d’opiniâtreté, l’on se retrouve un jour avec une
cote officielle et dans le top des mille peintres qui
ont fait le marché mondial de l’art. Exposé aux
USA, au Japon, en Espagne, en Belgique, en
Suisse, Beaufils se voit gratifié par différents critiques
« d’enfant des derniers représentants de
l’Art Moderne », l’on vante ses « compositions et
combinaisons surprenantes », « sa force et sa vitalité
», « sa parfaite maitrise du trait », certains
le voyant même avancer « avec virtuosité sur le fil
si ténu qui relie l’abstraction à la figuration ».
Pour autant, aucun artiste ne peut véritablement
percer sans celui qui va faire connaître l’oeuvre,
qui va la mettre sur le devant de la scène, et au
final trouver des acheteurs. La chanteur a son impresario,
l’écrivain son éditeur, le peintre son galeriste,
ou mieux son marchand, celui qui lui
achète directement et personnellement sa production.
C’est ainsi que depuis plus de vingt ans, Jean-Luc
Beaufils fait « équipe » (pour autant que l’on
puisse ainsi s’exprimer) avec Jean-Paul Sourillan,
créateur de la galerie éponyme Sourillan, sise à
Toulouse au 19 de la rue Ozenne. Créée en
1975, celle qui est aujourd’hui la plus ancienne
galerie au sud de la Loire, possède son propre
atelier d’encadrement, et détient l’exclusivité des
oeuvres de Beaufils, le seul artiste vivant qu’elle
expose aujourd’hui, aux côtés des peintre dits de
l’Ecole de Paris (ceux qui ont exercé entre les
deux guerres).
Alors, si vous voulez vous faire une idée sur
pièces de ce que sont les oeuvres de Jean-Luc
Beaufils, allez flâner, rêver et, j’en mettrai ma
main au feu, prendre un immense plaisir devant
les oeuvres de ce peintre exposées par le galerie
Sourillan. Avec un peu de chance, vous pourrez
peut-être y croiser l’artiste et apprécier alors
l’homme, son humanisme, son amour de la vie et
de ses plaisirs, et chose rare par les temps qui
courent, sa grande chaleur humaine et sa modestie
qui ne l’est pas moins.

Jacques Lavergne

Vous pourrez retrouver Jean-Luc Beaufils et mieux faire connaissance avec ce peintre en écoutant l’émission que lui a consacrée le 16 avril
2018 Jacques Lavergne, dans son émission Cap e Cap sur la radio web Esprit Occitanie.

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