AVEC L’EMINENT SPECIALISTE DE LA FRANCOPHONIE : ALBERT LOURDE

“Jamais la langue française n’a eu une place aussi importante dans le monde.”

INTERVIEW EXCLUSIVE
DE PATRICK CUCCHI
POUR HUBERT MAGAZINE

Monsieur le professeur Lourde bonjour et merci de nous accueillir ici en Ariège dans votre maison


familiale pour cet entretien… Après avoir exercé au Maroc votre métier de professeur de droit, vous
avez été élu doyen de la faculté internationale de droit comparé des Etats francophones au sein de
l’université de Perpignan dont vous avez été vice- président avant d’aller en Egypte comme recteur de
l’université internationale Senghor d’ Alexandrie. Vous êtes également membre de l’académie des sciences
d’Outremer. Ce parcours au service de notre langue vous a amené dans de nombreux pays en Afrique, au
Moyen -Orient, en Asie, mais aussi sur le continent Européen où vous avez créé de nombreuses coopérations,
mis en place des filières universitaires délivrant des diplômes en français et développé des actions concrètes au
service de notre langue. Vous êtes incontestablement un spécialiste de la francophonie.

“ Jamais la langue française n’a eu une place
aussi importante dans le monde. Le français est
la deuxième langue parlée après l’anglais. Il y
a deux langues internationales l’anglais et le
français. ”

“Lorsque l’on parle aujourd’hui de francophonie on désigne deux
choses différentes, d’une part l’ensemble des personnes qui parlent le
Français et que l’on évalue à environ 350 millions dans le monde et
d’autre part l’ensemble des pays membres de l’organisation
internationale de la Francophonie qui compte 88 pays membres soit
près de la moitié des Etats de la planète. ”

Comment définiriez vous aujourd’hui la francophonie ?
A. L. : Lorsque l’on parle aujourd’hui de francophonie
on désigne deux choses différentes, d’une
part l’ensemble des personnes qui parlent le Français
et que l’on évalue à environ 350 millions dans
le monde et d’autre part l’ensemble des pays membres
de l’organisation internationale de la Francophonie
qui compte 88 pays membres soit près de
la moitié des Etats de la planète. Par ailleurs il faut
ajouter que tous les deux ans, lors des Sommets
francophones, de nouveaux pays rejoignent cette
organisation. Ceci démontre que la Francophonie
n’a rien à voir avec un regroupement d’Etats anciennement
colonisés et qu’elle présente un intérêt.


Quelle est aujourd’hui la place de la langue Française dans le monde ?
A. L. : Jamais la langue française n’a eu une
place aussi importante dans le monde. Le français
est la deuxième langue parlée après l’anglais. Il
y a deux langues internationales l’anglais et le
français, l’espagnol n’est pas parlé sur toute la
planète, c’est une grande langue mais elle n’est
pas internationale ; Il n’existe pas de pays où la
langue française ne soit pas enseignée dans les
systèmes éducatifs. Il y a aujourd’hui une grande
appétence pour le français et ceci même dans le
monde anglo-saxon ; ainsi à New-York il est très
à la mode de mettre ses enfants dans les écoles
françaises ; en Asie également où tous les étudiants
parlent l’anglais, mais ceux qui parlent
aussi le français ont un gros avantage sur le marché
du travail. Ainsi la demande en apprentissage
du Français est considérable dans le monde,
c’est l’offre qui n’est pas à la hauteur car il n’y a
pas suffisamment de professeurs de Français. On
se bat pour entrer dans les lycées Français mais
seule une petite élite y accède ; c’est, au demeurant,
une caractéristique de la langue Française
que d’être une langue d’élite qui n’a jamais été
une langue de masse et ceci même pendant la période
coloniale ; la France dans les pays qu’elle
a colonisés, n’a jamais cherché à développer sa
langue,préférant plutôt former une élite administrative
qui l’assiste dans la gestion, ceci un peu
comme dans la France du XVIIIe siècle où seulement
18% la population utilisait le français.

La France a répandu dans le monde des valeurs
à vocation universelle auxquelles se réfèrent les
combattants de la liberté et qui sont portées par
sa langue, véhicule du rationalisme et de l’esprit
critique.


Le monde industriel, commercial et technique
communique pour l’essentiel en
Anglais,quel est votre avis sur cette affirmation ?

Communique en Anglais c’est beaucoup dire ; estce
vraiment de l’Anglais ? C’est plutôt du « Globish
», ce n’est pas l’anglais d’Oxford et des
grandes universités, les Anglais sont par ailleurs
eux-mêmes troublés par ce que devient leur
langue à l’issue de cette extension. Par ailleurs
que deviendra cette réalité demain alors même
que la prédominance de l’anglais doit être défendue
par des lois aux USA, notamment dans les
états du Sud où s’exerce la prégnance de l’espagnol.
Un peu comme en France avec la loi Toubon.
La Francophonie ne se dresse pas contre
l’Anglais, elle souhaite que la langue Française
garde sa place éminente dans le nouveau monde
qui émerge rapidement. Ne soyons pas prisonniers
des vieux schémas de la fin du siècle dernier
! Le XXIe siècle sera multilingue et
multipolaire ; sachons y maintenir notre rang !

“ Il devrait y avoir un milliard
de francophones en Afrique en

“ Il devrait y avoir un milliard
de francophones en Afrique en 2050 C’est un marché
considérable pour un pays
comme la Chine qui désire
le conquérir. L’Afrique parlant
Français, l’apprentissage
du Français en Chine
est en pleine expansion. ”

Quelles sont les actions mises en oeuvre
par les opérateurs francophones pour
soutenir et développer l’usage du Français
dans le monde ?

A. L. : L’organisation internationale de la Francophonie
(O.I.F) s’appuie sur des opérateurs francophones
qui sont représentés par l’association
internationale des maires francophones, TV5
Monde, l’Agence universitaire de la francophonie
et l’Université Senghor d’Alexandrie ;.toutes ces
institutions ont des activités qui touchent tous les
secteurs économique, culturel, éducatif linguistique
et sociaux, mais aussi l’informatique et le
numérique.
L’O.I.F dirige ainsi de mutiples programmes en
vue du développement durable des pays francophones.

“ La Francophonie ne se dresse pas contre
l’Anglais, elle souhaite que la langue Française
garde sa place éminente dans le nouveau
monde qui émerge rapidement. ”

l’Association internationale des maires francophones
qui regroupe les maires de
grandes villes met en place des actions en
matière d’urbanisme, de tourisme et dans le
domaine de la formation des cadres territoriaux.
Dans le cadre de mes anciennes fonction
de recteur de l’université Senghor nous
avons pu participer à la confection de manuels
pour les agents des collectivités décentralisées apportant
ainsi notre aide au développement local.
Pour l’université Senghor il s’agit de former une
élite administrative Africaine dans les domaines
de la culture, de la santé publique, de l’environnement
; ainsi nos étudiants sont des directeurs de
services et de hauts fonctionnaires qui ont besoin
d’un complément de formation pour améliorer
leur compétences en vue d’une meilleure administration
de leurs pays. La création de masters très
spécialisés (gestion des aires protégées, gestion
de l’environnement, santé internationale), tous délivrés
en langue française permet à ces pays de
se doter des spécialistes qui leur font défaut. Nous
avons également aidé les grandes villes Africaines
à mettre en place une fiscalité communale
adaptée ; en Haïti nous avons permis aux habitants
des bidonvilles de mieux gérer la collecte
des déchets et de créer des entreprises permettant
à des personnes sans ressources d’accéder à
l’emploi. Toutes ces actions ont été réalisées en
Français.
L’Agence Universitaire de la Francophonie qui regroupe
plus de 800 universités dans le monde
anime un espace scientifique international conséquent
en finançant, notamment, les mobilités des
chercheurs, des professeurs et des étudiants.

“ La France a répandu dans le monde des valeurs
à vocation universelle auxquelles se réfèrent les
combattants de la liberté et qui sont portées
par sa langue, véhicule du rationalisme et de
l’esprit critique. ”

Qui finance aujourd’hui ces actions ?
A. L. : Les opérateurs sont financés par les 88
pays membres, les grands donateurs étant la
France, le Canada, Wallonie-Bruxelles et la
Suisse.Il faut noter aussi la participation ponctuelle
d’autres pays non Francophone comme
l’Allemagne, celle de la Banque mondiale, enfin
sur des projets et des actions particuliers, de nombreux
organismes publics et des entreprises privées
parmi lesquelles je citerai Procter et
Gambel ou encore Total.

Comment voyez vous l’avenir de
notre langue dans l’économie du
futur, notamment avec le développement
des pays comme par exemple
la Chine ?

A. L. : Il devrait y avoir un milliard de francophones
en Afrique en 2050. C’est un marché
considérable pour un pays comme la
Chine qui désire le conquérir. L’Afrique parlant
Français, l’apprentissage du Français en Chine
est en pleine expansion.


Enfin, tout en vous remerciant pour cet
entretien, quel sont vos projets personnels ?

A. L. : Mes projets sont modestes, après avoir
consacré ma vie professionnelle à la coopération
francophone au Maghreb, au Moyen Orient en
Afrique et dans des pays d’Asie du Sud-Est, j’ai
été élu membre de l’Académie des Sciences
d’Outre-Mer ce qui me permet de participer à ses
travaux parisiens ; enfin, ma résidence à Perpignan
me permet d’assister quelque peu André
Bonet, président du Centre Méditerranéen de
Littérature, en tant que membre du Jury du Prix
Méditerranée.

Patrick Cucchi

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